
Tout le monde connaît Edgard Morin (1921-2026) et la richesse de sa pensée déployée tout au long d’une existence foisonnante. En achetant ce livre publié en 2023, je savais qu’il s’agissait d’un recueil de textes personnels, politiques, sociologiques, littéraires…passant de l’hirondelle à Montaigne, du rôle de l’intellectuel au combat des femmes iraniennes. Mais à vrai dire, je suis resté sur ma faim, La diversité des thèmes ne garantit pas la force de l’ensemble.
J’ai été quelque peu abusé par le beau titre de l’ouvrage : Encore un moment… qui doit être suivi par Monsieur le bourreau. Ce sont les dernières paroles prononcées par la comtesse Du Barry à Sanson, son bourreau, devant la guillotine, en décembre 1793. Le titre promet une confidence : on s’attend à entendre un homme arrivé au grand âge parler du temps qui reste, de ce qu’il voudrait encore vivre, retenir ou transmette.
J’attendais une parole personnelle, comme celle de l’extrait suivant :
EXRAIT : (pp. 18-19)
Mais c’est parce que je ressens la plénitude d’être en vie et de jouir de la vie que je ressens la tristesse de perdre bientôt la vie, et plus que la vie, c’est tout l’Univers qui s’évanouira avec moi à jamais. Mon Je subjectif et mon Moi objectif vont disparaître en même temps, et cet anéantissement sera simultanément celui du monde en moi.
Le monde continuera son aventure sans qu’on sache si elle est vouée à la dispersion finale ou à toujours recommencer, notre soleil s’éteindra et la vie terrestre prendra fin. Mais d’ici là, qu’adviendra-t-il de l’aventure humaine ?
Je regrette de ne pas pouvoir savoir ce qui va sortir de la conjonction des énormes crises que subit aujourd’hui l’humanité. Je regrette qu’il puisse me manquer une année ou deux pour percevoir ce qui se dessine, se détruit, prend forme. Je crains qu’advienne une longue période régressive, tout en sachant que l’improbable peut modifier, en mieux comme en pire.
Je vais partir en plein suspense historique.
Edgard Morin nous a quittés le 26 mai 2026.
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