Un « dessin de détresse » du père de Tintin

Amateur de grands vins français, Georges Remi dit Hergé, avait une façon toute personnelle de signaler à son fournisseur que sa cave était vide : il lui adressait un dessin. Retrouvée sur le site Tintinomania, cette illustration met en scène Archibald Haddock devant des casiers désespérément dégarnis.

Le goût du célèbre capitaine pour la boisson rend le message immédiatement compréhensible. Tout son corps exprime la stupeur : sa casquette s’envole, sa pipe lui échappe, son panier lui tombe des mains. La cave, promesse de plaisir et de réconfort, devient soudain un lieu de manque. Hergé empreinte les traits de son personnage pour réclamer du vin avec humour. On peut y lire une forme d’autodérision, sans pour autant lui attribuer les excès de Haddock. Son fournisseur, Jacques Verwilghen, est invité à remédier cette catastrophe domestique !

« …M. Verwilghen pourra-t-il rétablir la situation ? Amicalement à toi, G.Remi » © Hergé-Tintinimaginatio 2026

Ce dessin, non daté, témoigne d’une complicité professionnelle et amicale avec le négociant. Certaines sources affirment même qu’il était chargé par Hergé de lui procurer ses nectars favoris ou encore des vins de légende. Mais qui est cet interlocuteur auquel Hergé confie le soin de réapprovisionner sa cave ?  Né le 20 mars 1911 à Molenbeek-Saint-Jean, Jacques Verwilghen est un ancien élève du Collège Cardinal Mercier de Braine-l’Alleud. Il appartient à la toute première promotion, celle de 1930. Son frère, Pierre (1913-1985) le suit dans cet établissement. Le 16 octobre 1935, Jacques épouse Germaine Boon (1914-1997), fille de Félix Boon, dirigeant de la célèbre maison de vin louvaniste Boon-Hecking. Jacques Verwilghen en est le représentant officiel à Bruxelles.

L’histoire de cette entreprise familiale remonte à la fin du XVIIIe siècle. À Louvain, un négociant nommé Peemans dirige alors un commerce de gros en denrées coloniales, destiné à approvisionner les épiceries. En 1834, Felix Hecking rejoint l’entreprise, qui prend le nom de « C. Peemans & Felix Hecking ».

En 1891, Michel Boon, époux d’Ernestine Hecking, fille de Félix, reprend la direction de la maison. Sous son impulsion, celle-ci se consacre progressivement au commerce du vin et adopte le nom de Boon-Hecking. Selon l’historique familial rédigé par André Taverniers, une large clientèle ecclésiastique contribue à sa réputation. À cette époque, tous les curés pouvaient se permettre de posséder une cave à vin bien fournie.

En 1919, Michel transmet l’entreprise à son fils Félix, le père de Germaine, qui poursuit son développement. La maison célèbre son centenaire en 1934 : une photographie réunit alors la famille, le personnel et certains conjoints dans le jardin de la propriété de Vismarkt à Louvain. Jacques, alors fiancé à Germaine, y figure.

(Jacques Verwilghen, au 3ème rang à l’extrême gauche de la photo; Germaine Boon au 2ème rang à l’extrême gauche; Félix Boon, assis au premier rang, 5ème depuis la gauche) © p.taverniers.be

Vers le milieu des années 1950, l’entreprise est transformée en société anonyme. Après la mort de Félix Boon en 1972, ses fils Michel et François prennent la relève. La maison cesse ses activités en 1985.

Le dessin adressé à Jacques Verwilghen conserve ainsi la trace humoristique d’une relation commerciale particulière : pour annoncer que le vin vient à manquer, le père de Tintin confie cette tâche au capitaine Haddock.

Réponses

  1. Avatar de Véronique Simon

    Une bien belle histoire dans la vie d’Hergé qui fait preuve de beaucoup d’humour. Merci pour ce partage

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    1. Avatar de danielribant

      Merci pour le commentaire Véronique

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