Carlos Ghosn, mon premier Libanais.

Carlos Ghosn en 1976 – retraite studieuse dans un monastère normand © Daniel Ribant.

Peu après la rocambolesque exfiltration de Carlos Ghosn du Japon, j’avais écrit un court article qui fut publié dans L’Orient-Le Jour, l’excellent quotidien libanais. Il se voulait un témoignage tout personnel sur un homme qui avait été mon ami.

L’article me valut quelques critiques. Je pouvais les comprendre: le patron de Renault-Nissan suscitait alors des jugements très contrastés, tant par son caractère jugé autoritaire que par ses pratiques managériales et les accusations dont il faisait l’objet.

Six ans après la publication de ce texte, je m’interroge sur son bien-fondé. En d’autres termes: le réécrirais-je aujourd’hui?

La dernière phrase de cet article disait beaucoup de mon état d’esprit: J’en attends beaucoup tant j’aimerais qu’il demeure ce premier Libanais qui fut mon ami.

Six ans plus tard, force m’est de reconnaître que cette attente a été déçue. J’espérais que Carlos Ghosn profiterait de la liberté retrouvée pour apporter des réponses précises aux accusations portées contre lui et permettre de mieux comprendre une affaire dont les conditions de son arrestation et sa détention au Japon avaient, à juste titre, suscité de nombreuses interrogations.

Ces réponses ne sont pas venues, du moins pas avec la force et la clarté que j’espérais. Cela signifie-t-il que j’avais tort d’écrire cet article?

Je ne le crois pas. À le relire aujourd’hui, je constate que je n’y proclamais pas l’innocence de Carlos Ghosn. Je témoignais de l’homme que j’avais connu quarante ans auparavant et de la difficulté que j’éprouvais à faire coïncider ce souvenir avec le personnage que décrivait alors l’actualité.

Mais l’amitié n’est-elle pas précisément ce qui peut troubler notre jugement? Sans doute mon texte accordait-il trop de poids au jeune homme brillant, chaleureux et simple que j’avais connu, et pas assez à ce que l’exercice du pouvoir, la réussite et les années avaient pu changer en lui.

Alors, le réécrirais-je aujourd’hui?

Oui, probablement, parce qu’il reste le témoignage sincère de l’homme que j’ai connu. Car Carlos Ghosn, c’était aussi cela. Mais je n’écrirais certainement plus les dernières lignes de la même manière.

Il arrive que l’on prenne la défense d’un ami non parce que l’on sait qu’il a raison, mais parce que l’on espère encore qu’il poura nous démontrer que nous n’avions pas tort de lui faire confiance. C’était, je crois, le sens de mon article.

Et c’est peut-être aussi sa faiblesse.

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