Etienne van Wassenhove (1912-1992)

Nous entamons une série de portraits d’anciens élèves du Collège Cardinal Mercier avec un diplômé de l’année scolaire 1930-1931. Il s’agissait de la seconde promotion. Notre choix s’est porté sur Etienne van Wassenhove, qui a publié ses mémoires dans lesquelles il consacre une petite dizaine de pages à notre école, agrémentée de photos d’époque. Nous tenons à remercier Maître Stanislas van Wassenhove et sa sœur Donatienne, responsables actuels de l’association familiale (www.wassenhove.com), qui nous a aimablement autorisés à reproduire les pages consacrées au collège. Ces pages sont reproduites en fin d’article.

Etienne van Wassenhove, écuyer, naquit le 1er novembre 1912 dans l’hôtel particulier de sa grand-mère paternelle, situé au n°39 de la rue Belliard. Il était le fils d’Arnold van Wassenhove (1879-1947) et de Marie-Louise Dumont de Chassart (1885-1955). Il était le sixième enfant d’une fratrie de quatorze. Les van Wassenhove étaient originaires d’Eeklo. Jusqu’en 1914, la vie de la famille se partagea entre Bruxelles, durant l’hiver, et le château de Kerckhove pendant la saison estivale.

La guerre bouleversa bien entendu cette existence parfaitement réglée. Alors qu’Arnold rejoignait la Garde civique, son épouse et les enfants entamaient un long exode qui les mena aux Pays-Bas, en Angleterre puis en France. Dans ses mémoires, Etienne van Wassenhove indique toutefois que son insouciance d’enfant contribua certainement à ce qu’ {il}  ne réalisât pas et ne souffrit aucunement des difficultés de la vie de l’époque[1].   

Cette insouciance prit fin avec le retour de la paix et la découverte du monde solaire. Il évoque des débuts difficiles dans un établissement de la rue des Confédérés à Bruxelles où il se retrouva perdu au milieu d’une classe d’une quarantaine d’enfants[2]. Vinrent ensuite trois années scolaires passées à Saint-Stanislas, puis une au Collège Saint-Michel. Mais, à la suite de ce que nous pourrions appeler une « indiscipline domestique », ses parents décidèrent de le placer en pension à Saint-André de Zevenkerken, au sud de Bruges. Cette expérience mérite d’être relatée[3].

Ce qui devait être une punition fut une véritable bénédiction pour moi. Durant trois ans, j’y ai découvert une ambiance qui me convenait parfaitement. La différence entre les deux écoles m’avait beaucoup frappé. À Saint-Michel, chez les Jésuites, on trichait à qui mieux mieux…Á Bruges, chez les Bénédictins, l’ambiance et la philosophie étaient tout autre : des classes de moins de dix élèves, un sens de l’honnêteté et du fair-play qui m’avait impressionné, un esprit de vie de famille, à tel point qu’on se sentait vraiment à l’aise.

Le passage de Saint-André au Collège Cardinal Mercier se fit naturellement d’autant que le fondateur et directeur de celui-ci était lui-même un ancien de Saint-André. L’abbé René Verbruggen y effectua en effet sa rhétorique, durant l’année scolaire 1913-1914. Cette période le marqua fortement puisqu’il écrivit plus tard : lorsqu’à l’issue des années de séminaire, je fus à mon tour chargé de fonder une maison d’éducation, j’eus l’intuition qu’on ne pouvait mieux faire que de reprendre les principes d’éducation chers au Père recteur de l’époque et à l’École abbatiale de Saint-André : vie simple, confiance mutuelle, esprit largement ouvert à tout ce qui est beau, grand et vrai[4].

En 1931, une fois ses études au collège terminées, il décida d’embrasser la carrière des armes, très en vogue à l’époque dans certains milieux. Il allait la servir tout au long de sa vie avec loyauté et bravoure.  Deux années préparatoires à l’école militaire s’avéraient nécessaires. Il les passa au Collège Saint-Michel en section scientifique. Il réussit les examens d’entrée, se classant à une honorable 46e place sur 2 000 candidats. Malheureusement, seuls les 45 premiers étaient admis ! Il se dirigea alors vers l’école des cadets qui lui permettait d’intégrer la cavalerie. Cette affectation lui permit de faire partie de l’escorte à cheval qui accompagna la dépouille du roi Albert Ier, en février 1934.

Deux ans plus tard, il est promu officier au IIe Chasseurs à cheval. C’est à cette époque qu’il fut le témoin direct d’un fait dramatique[5] :

Nous devions avoir un exercice pratique de génie et de manipulation d’explosifs à Brasschaat. L’exercice consistait à faire sauter des fourneaux de mines. Mais après 20 minutes, il retourna sur le lieu. Ne voyant rien d’anormal, il nous fit venir afin de procéder à l’ouverture du puits…{Et} tout sauta…On m’expliqua ensuite que j’eus la vie sauve grâce au fait que j’étais trop près de l’explosion…{Parmi les huit morts} se trouvait mon ami André Nothomb, le grand-père d’Amélie, l’écrivain…Quelques jours plus tard, des funérailles nationales furent organisées à Anvers et bien des années plus tard, un monument fut édifié à la mémoire des victimes.

En septembre 1939, E. van Wassenhove fut mobilisé en tant que militaire de carrière. Durant la campagne des Dix-Huit jours, il était lieutenant au IIe régiment des Chasseurs à cheval. Fait prisonnier au moment de la capitulation, il fut désigné comme officier de liaison auprès de l’état-major allemand. Commença alors, un long périple à travers la Belgique et l’Allemagne. Le passage à Soest en Rhénanie, le marqua particulièrement car il coïncida avec le partage entre Flamand et Wallons avec barbelés les séparant, les officiers flamands allant être démobilisés. Critère : où êtes-vous né ? Embarras, lorsqu’un de mes amis déclara être né à Pékin ! Il fut catalogué Flamand[6].

Il passa les cinq années de captivité au camp de Prenzlau, situé à 90 km à l’est de Berlin, où furent réunis tous les officiers belges soit deux mille cinq cents à trois mille prisonniers. Ces longues années sont abondamment racontées dans ses mémoires. Il fut libéré par l’Armée rouge, apparemment suite à une erreur de direction des soldats allemands…Cette erreur funeste valut à Etienne van Wassenhove et à ses camarades de nombreuses « mésaventures », car, aux yeux des Russes, il était difficilement compréhensible que certains Wallons puisent porter l’uniforme de l’armée belge tandis que d’autres celui de l’armée allemande[7]. Il arriva finalement au domicile familial le 6 juin 1945.

Dès le 16 août, après un (très) bref repos, il rejoignit Visé dans un escadron d’instruction de troupes blindées, où des cours étaient dispensés sur les « nouvelles technologies ». Il fallait bien se mettre à jour ! Après quelques semaines de formation, on le retrouve en Allemagne en tant que « vainqueur » dans une zone occupée par l’armée belge. Cela lui donna l’occasion de recevoir le cardinal Van Roey en août 1948, accompagné d’un certain René Verbruggen, aumônier principal.

Au cours de l’année 1949, van Wassenhove devient l’aide de camp du célèbre général Piron, qui avait participé au débarquement en Normandie et à la libération de Bruxelles. Fameuse promotion qui en dit long sur les qualités du capitaine. Ses mémoires nous apprennent que durant un an et demi, il a suivi le général Piron dans nombre de rencontres et de réunions et eut la chance de côtoyer les hommes qui ont participé à l’élaboration des fondements de l’Europe que nous connaissons aujourd’hui [8]. Parmi ces hommes, on citera le maréchal Montgomery, le général Eisenhower, le maréchal de Lattre de Tassigny, le général Leclerc…Et pour rencontrer le général Piron, {il} était le passage obligé.

Le 22 juillet 1950, en pleine « question royale », le roi Léopold III et sa famille rentrèrent en Belgique. Etienne van Wassenhove accompagnait le général Piron pour les accueillir à l’aéroport. Mais une autre « aventure » attendait bientôt notre militaire : la guerre de Corée, pour laquelle il s’était porté volontaire. Il s’embarqua en juillet 1951 comme commandant du détachement. Il n’était pas question qu’il manque cette opportunité…{car} cela faisait près de dix ans {qu’il} attendait d’être sur le terrain[9] !

Il quitta la Corée en octobre 1952 pour reprendre sa carrière militaire en Belgique et en Allemagne. Nommé lieutenant-colonel, il fut promu chef de corps au 1er régiment des guides à Düren, où il exerça le commandement de 1960 à 1962. Il avait épousé le 1er décembre 1956 Marie-Thérèse Fallon, nièce de de François Carton de Wiart[10]. Le couple eut trois enfants.

Etienne van Wassenhove s’éteignit le 13 mars 1992, au terme d’une vie bien remplie. Son fils, Stanislas, prononça un discours lors des obsèques dans lequel il tenta de répondre à la question : « Qui t’a guidé dans ta vie ? ». Parmi les réponses, il n’oublia pas de citer notre collège en disant : Tes professeurs du Cardinal Mercier qui t’ont fait découvrir le scoutisme et la vie en équipe ?[11].

Le faire-part de décès met en exergue une citation d’Etienne van Wassenhove de 1962 : un pays dont la jeunesse ne serait pas prête à tout sacrifier pour défendre ses convictions serait un pays voué à l’esclavage.

Il énumère ses qualités, récompenses diverses et états de service :

Colonel de cavalerie e,r, (signifie « en retraite »).

Ancien commandant du 1er Guides ; ancien combattant en 2d du Corps des volontaires pour la Corée ; ancien prisonnier de guerre ;

Président Fondateur de l’Association familiale van Wassenhove ;

Commandeur de l’Ordre de la Couronne ; officier de l’Ordre de Léopold ; officier de l’Ordre de Léopold II ; croix de guerre 1940 avec deux lions ; Chungmu avec Silver Star (République de Corée) ; titulaire d’autres distinctions honorifiques.


[1] Mémoires Etienne van Wassenhove, p.22.

[2] Mémoires, op.cit., p.37.

[3] Mémoires, op.cit., p.39.

[4] Cité dans Ribant D., René Verbruggen, le grand sympathique, Paris, éditions L’Harmattan, 2015, p.21.

[5] Mémoires d’Etienne van Wassenhove, pp.57-58.

[6] Mémoires, op.cit., p.67.

[7] Mémoires, op.cit., p.91.

[8] Mémoires, op.cit., p. 111.

[9] Mémoires, op.cit., p.119.

[10] Fils de Henri Carton de Wiart, ancien Premier ministre et président du conseil d’administration du Collège Cardinal Mercier.

[11] Mémoires, op.cit., p.156.

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Document d’archives

Les pages qui suivent reproduisent un extrait des mémoires d’Étienne van Wassenhove (pages 40 à 48) consacré à ses années au Collège Cardinal Mercier. Elles sont publiées avec l’aimable autorisation de Maître Stanislas van Wassenhove et de Mme Donatienne van Wassenhove.

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